Laser or not Laser

Le 1er août 2019, Tracy USHER, président de l’ILCA (International Laser Class Association) et Eric FAUST, secrétaire exécutif salarié, déclarent à World Sailing avoir modifié les règles de la classe conformément aux accords FRAND (fair, reasonable, and non-discriminatory) devant permettre de maintenir le Laser (Standard) et le Laser Radial comme équipement olympique pour Paris 2024.   

Obtenue par camouflages, tricheries et viols des règles de la classe, contre la position de nombre d’associations nationales, celles des coureurs et contre plusieurs pétitions, cette décision a permis à quelques dirigeants de l’ILCA de mettre en place un système de royalties avec l’australien Global Sailing – Performance Sailcraft Autralia (GB, PSA) imposé aux nouveaux constructeurs.

Après l’élimination de Laser Performance, constructeur de 85% des Laser dans le monde (dont ceux de tous les laseristes européens) et l’introduction de 7 nouveaux constructeurs dont 3 en Europe, PSA assure depuis un an le monopole mondial de la production de bateaux qui ne s’appellent plus « Laser » mais, pour l’instant, « ILCA », avec une première augmentation des prix de 15%,  une course à l’armement attendue et les augmentations qui s’ensuivront, le tout en rupture totale avec les principes d’origine de nos séries et le fonctionnement normal d’une association.

Face à une situation contraire aux intérêts des pratiquants, coureurs ou non, et des clubs, une autre classe, « The Laser Class » a été constituée pour poursuivre l’aventure du Laser dans la continuité des options initiales, s’appuyant sur Laser Performance.

Grâce à des associations pourtant supposées défendre avec leurs adhérents la stricte monotypie de la classe Laser pour tous les pratiquants mais n’ayant pas de statuts sérieux évitant toutes les dérives de gestion et de direction (et même parfois violés sous les meilleurs subterfuges), quelques dirigeants ont organisé cette disparition du Laser qui n’apparaît que maintenant, conséquence de jeux de pouvoir et d’intérêts personnels, commerciaux et financiers dans un entre-soi caché sous le prétexte olympique « Paris 2024 ».

Le retrait en mars 2019 par l’ILCA de son statut de constructeur approuvé à l’européen Laser Performance (LPE), représentant 90% des 13 000 adhérents mondiaux (dont 8000 européens regroupant 42 pays dans EurILCA) et son remplacement de fait par le constructeur australien Performance Sailcraft Australia (PSA, région Océanie) allié au petit troisième constructeur, Performance Sailcraft Japan( PSJ, Japon + Corée) ne fut qu’une étape de la destruction puisque « Laser » et symbole sont propriétés des trois constructeurs cités, chacun dans sa zone.

Ceci a été rendu possible par des changements des règles de la classe, votés par le World Council dont les deux représentants européens (Jean-Luc MICHON, président d’EurILCA et de l’AFL, et Alexandra BEHRENS, présidente de l’association Laser allemande), mais largement contestés par les membres d’EurILCA appelant les coureurs à voter « NO » lors de leur consultation mondiale lancée dans des conditions irrégulières et dont les résultats seront contestés en vain par des membres de plusieurs pays. Alors s’ouvrait la possibilité de changer le nom de notre bateau, d’admettre une quantité significative de nouveaux constructeurs supposés en concurrence.

L’intervention d’EurILCA demandée en décembre 2019 par 25 représentants européens auprès de l’ILCA, réclamant transparence et démocratie, visant à la réintroduction de LPE dans le jeu, ne pouvait n’être que vaine et son éviction a été réaffirmée par Eric FAUST, secrétaire exécutif salarié de l’ILCA, lors d’une réunion extraordinaire EurILCA les 6 et 7 mars 2020.

D’ailleurs, en prévision du retrait de LPE comme constructeur en mars 2019, ce qui allait empêcher l’ILCA et toutes nos associations agréées par l’ILCA (EurILCA, AFL, …) d’utiliser les marques « Laser » et son logo détenues par LPE, la marque de remplacement « ILCA » avait été déjà déposée en juin 2018 en Europe et Eric FAUST avait créé à cette fin aux USA (Delaware) une société Weather Helm Inc dont il était le seul dirigeant.

Mais les liens des dirigeants d’ILCA avec PSA qui allaient conduire à la situation catastrophique actuelle est plus ancienne que 2018, dans le fond et la pratique. En effet, PSA commencera à fabriquer à partir de 2007 des Laser dont les coques ne sont pas comme les autres (bateau plus raide en modifiant leur intérieur, plus léger que le minimum, …), violant ainsi les règles de construction, supposées garantir la monotypie et l’égalité entre les coureurs. PSA vendant de plus en plus de bateaux illicites dans les zones commerciales réservées à LPE, Laser Performance découvrira en 2015 cette tromperie (escroquerie ?) patente, mais ILCA préférera modifier le manuel de construction pour satisfaire PSA avant l’agrément par LPE d’une des tricheries.

Et ce sera le début des nouveaux gréements (C8 et C5, voiles à corne, bômes et mâts en carbone) développés avec PSA soutenu par l’ILCA. Les hauts de mât carbone uniquement fabriqués par CST Australia (alliée à PSA) échapperont à la procédure normale du vote des 13 000 membres créant une inégalité et, les coureurs ne pouvant en acheter librement au moment du championnat d’Europe Master 2017, les coureurs l’interdiront au nom de l’objet même de la classe (« The boat is a strict one-design dinghy where the true test, when raced, is between helmspersons and not boats and equipment. »).

A ce jour, il n’y a plus de Laser avec plaque ILCA et World Sailing (WS), seulement des « ILCA dinghies » tous fabriqués par PSA en Australie, commercialisés par le réseau de distributeurs créé par PSA dans l’ensemble du territoire couvert par Laser Performance (par exemple, en France, Marçon Yachting, Martigues) mais aussi vendus par les 7 nouveaux futurs constructeurs (dont 3 en Europe) choisis et agréés par ILCA et leurs propres réseaux de distribution (comme Nautivela France, Antibes) dont certains étaient déjà en affaires avec PSA.

Vendus actuellement en Europe à l’effarant prix d’appel d’environ 8 200€ (sans taud ou remorque), ces bateaux australiens supposés identiques aux derniers Laser vendus trop chers à 7300€, sans compter les évolutions parfois déjà commercialisées mais pas encore acceptées par World Sailing, comme le bas de mât Radial carbone à près de 1000€ (un Radial XD à près de 9000€ …).

Face à cela, on notera que les JO Tokio 2020 (+1 covid = 2021) doivent se courir avec des Laser et WS a retenu pour « Paris 2024 », les Laser Standard et Radial, pas des « ILCA dinghies », décision prise contre l’avis du comité d’évaluation largement favorable au RS Aero,

La perte des droits d’utiliser les marques Laser et starburst, le monopole de PSA sur les ILCA dinghies depuis un an, des changements de statuts rendus obligatoires par la prise en compte de l’ouverture multi-constructeurs mais qui ne pourront pas être entérinés avant la fin du 1er semestre 2021 (si les règles étaient respectées …) alors que les nouveaux constructeurs ne devraient pouvoir construire et vendre des bateaux d’ici à la fin 2020, une partie des districts d’EurILCA en opposition ouverte avec l’ILCA, une situation financière déjà difficile en 2019 qui risque d’être pire encore (nouvelles embauches, nouveaux constructeurs et, bien sûr, COVID-19 oblige), les revenus provenant grosso modo pour un quart chacun des plaques, des boutons (voiles), des cotisations des membres (une partie de nos cotisations annuelles) et des droits d’inscription aux compétitions, tout ceci ne donne pas l’image d’un changement maîtrisé ni même encore maîtrisable, tout retour en arrière étant impossible.

Quant aux 13 000 adhérents, les 30 000 navigateurs courant sur des régates parfois en interséries ou tout simplement au sein de leurs clubs, sans compter tous les pratiquants pour leur plaisir partagé l’été ou à l’année dans les clubs, force est de constater qu’ils n’ont été que des prétextes sans autre intérêt et donc toujours maintenus dans l’ignorance depuis des années.

Pour éviter ce qui pourrait être un véritable « starburst » (éclatement d’étoiles) de la classe actuelle comme ceci s’est produit pour d’autres séries pour les mêmes raisons, une nouvelle classe, « The Laser Class » (TLC) a été créée en mars dernier par l’ancien président de l’ILCA, Heini Wellmann, et un conseil provisoire de personnes représentant 8 pays (districts) s’appuyant sur LaserPerformance, visant à revenir aux principes de base de notre classe : « For sailors, by sailors – with the original Laser spirit in One Design dinghies » (voir plus de détails sur https://www.thelaserclass.com/pages/about-us ).

Dans cet objectif, plusieurs associations locales sont en cours d’organisation et TLC devrait déposer son dossier de candidature de classe internationale à World Sailing en fin d’année 2020.

Néanmoins, la situation ainsi rendue confuse, notamment par la diffusion d’informations, lénifiantes, incohérentes ou irréalistes, proclamées par l’organisation actuelle (World Council d’ILCA, direction d’EurILCA, AFL, …) et supposées rassurer les laseristes de tous niveaux, leurs clubs et fédérations, ne devrait laisser entrevoir avant 2021 une issue, fatale pour nos bateaux populaires ou, au contraire, positive pour nous.

En effet, comment comprendre aujourd’hui l’affirmation que rien n’est changé, que les ILCA dinghies sont strictement les mêmes que nos Laser tout en justifiant des augmentations de prix importantes par des améliorations déjà actées ?

Comment lire que la classe ILCA se doit de suivre les évolutions technologiques, que l’avenir de la classe est dans les nouveaux gréements PSA à plus de 2500€ sans penser que c’est l’ouverture de la course à l’armement réservant ces bateaux nouveau monde aux seuls compétiteurs de haut niveau et/ou sans problème financier, condamnant les nôtres aux ronds sur l’eau et le parking ?

Comment penser que « Laser » (et même, pour certains, le logo) peut être maintenu dans toutes ses utilisations par la structure ILCA, ses régions et districts comme EurILCA et AFL, alors même que l’ILCA explique le changement en « ILCA dinghy » par la fin de la possibilité d’utiliser les droits détenus par Laser Performance ?

Comment imaginer que la procédure de modification des statuts de l’ILCA (et, en conséquence, de EurILCA et de l’AFL), qui va être soumise au vote des membres, puisse cette fois être sincère et démocratique, les adhérents étant supposés être en mesure de refuser le changement du nom et de l’emblème de leur classe ?

Comment croire au maintien (et même à la réelle volonté) d’une stricte monotypie et des évolutions ne condamnant pas nos bateaux à une obsolescence rapide avec 9 constructeurs supposés en concurrence alors que l’ILCA n’a su le faire avec deux et confié le leadership à celui qui avait truqué pendant des années ?

Doit-on accepter une politique se voulant élitiste, un fonctionnement contraire aux règles et tourné vers le commercial et le financier sans limite où l’adhérent n’a plus de place ou, au contraire, résister et faire le choix d’un retour non pas en arrière mais aux fondamentaux qui ont fait le succès de notre classe, sur une base associative garantissant au niveau mondial comme local transparence et démocratie, apportant à tous les pratiquants, adhérents ou non, et seulement motivée par le développement de la classe Laser.

Là est la question.

Loïc GAUDOUEN


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